Aventure: Voir Venise…

Je partais à Venise avec un a priori très négatif: comment apprécier une des villes les plus touristiques du monde, moi qui vis au quotidien la touristification de Paris et tout le négatif qui va avec?

J’en repars assez charmé. Oui, le tourisme de masse et tous ses a-côtés désagréables se retrouvent à Venise, des commerces essentiellement tournés vers la vente de souvenirs inutiles et inutilement chers aux cafés où la bouteille d’eau de 50cl coûte 10€. Oui la navette gratuite pour l’usine de verrerie à Murano cachait un pur attrape-couillon au mécanisme bien rôdé: on te paie un petit truc, la visite de l’usine dure 5 minutes, celle du magasin 45, on te met la pression pour te vendre un vase à 800€ qui baisse en 10 secondes à 500, mais ne réfléchis pas trop parce que le taxi va partir ah-trop-tard-tu-l’as-raté-on-va-continuer-à-discuter-pression-comment-tu-vas-rentrer-au-fait? Vase retrouvé plus tard en ville à 129€, déjà trop cher, au fait…

Et en face de ça, Venise est belle et fière. Assez grande pour ne pas avoir l’impression d’être sans arrêt dans un flot de moutons, une fois qu’on s’est un peu éloignés de la Piazza San Marco. Et même sur la piazza San Marco et ses cafés trop chers, passer un bon moment en terrasse avec un orchestre en fond sonore. Venise est pleine d’histoire(s), pleine de petites choses uniques qu’on ne pourrait trouver nulle part ailleurs, des métiers à l’architecture en passant par le goût de la Mozzarella, différent en Italie. Remplie de petits boulots qui s’accrochent et de l’importance du travail bien fait, que ce soit le serveur du restaurant qui s’applique à ce qu’on soit bien reçu, le gondolier qui fait en sorte que ce soit une bonne expérience, le transporteur et son chariot sur mesure pour passer les ponts chargé comme un mulet, ou la pizza à la part et les glaces, toujours délicieuses.

Et il y a ce facteur X qui change tout quand on est parent: les grands enfants qui découvrent un lieu magnifique et font des expériences, les étoiles dans les yeux. Leur prise d’autonomie dans les magasins ou les restaurants. Les grands yeux devant les œuvres des musées, l’audioguide (qui était avant tout un jouet cool au moment de le louer) scotché à l’oreille face a un tableau magnifique. Le petit dernier qui en est presque à marcher tout seul et fait du charme aux filles dans les restaurants (et il a bon goût, le coquin). Le renvoi à ma propre enfance, quand j’ai moi aussi découvert Venise lors d’un voyage scolaire en CM2.

Une situation qui me rappelle la mienne…

Photographiquement, j’ai rarement connu plus compliqué : il fait chaud, je dois porter la poussette à bout de bras à chaque pont, et je n’ai évidemment prévu qu’une lanière de poignet pour l’appareil, donc je passe ma vie à le ranger et le ressortir. Surveiller trois enfants m’empêche aussi de toujours réfléchir à bien faire des respirations dans mes photos, et à avoir de quoi faire un album avec des introductions, des réponses aux questions importantes (qui?, ou?, pourquoi?, comment?), des vues larges, des détails. Donc je fais quelques jolies photos isolées, de temps en temps je vois passer un truc marrant en street et j’ai l’appareil en main et le bon réflexe au bon moment, mais au moment de journaler en rentrant, je ne peux que constater que j’ai laissé pas mal de trous auxquels je m’efforce de répondre le lendemain. Heureusement, ma femme photographie tout sur son iPhone,avec l’enthousiasme de quelqu’un qui ne surpense pas chaque image, et ça compense un peu mes absences.

Si je dois trouver un défaut au fait que la photo est mon métier, ce serait ça: j’ai un switch « mode photo », où je suis payé pour ça et je n’ai que ça à penser, et j’ai du mal à l’activer partiellement quand je suis en famille. Quelques réflexes se croisent, mais le moi photographe est différent du moi Papa qui garde un œil sur les enfants. Faire une belle image demande quelques bons réflexes et un mode opératoire bien maîtrisé, faire une bonne histoire demande de la concentration, et dans ce contexte je n’en ai pas toujours assez dans ce genre de situation. Probablement que ça viendra avec les temps et les enfants qui s’autonomisent, ou peut-être simplement dans un environnement où je suis moins amené à jongler en permanence avec ce que je peux faire de mes mains, mais là, l’effort a été compliqué. Peut-être aussi que les quelques semaines de vacances à garder les enfants seul à la maison n’ont pas aidé à maintenir mon photo-fitness, et que mon muscle photographique s’est un peu atrophié à force d’être au repos. Déjà quelques jours que je le violente et il est un peu rouillé, mais il bouge déjà mieux.

Reste la beauté de la ville, le plaisir d’un bel hôtel, d’un bon moment en famille, du buffet le matin au petit dej, de voir mes enfants grandir sous mes yeux, et, malgré tout, de créer des choses, des souvenirs, d’écrire au petit matin quand tout le monde dort encore, sur le balcon de la chambre, au lever du soleil et au cœur du petit matin déjà très chaud.

Au moment de partir, Venise me manque déjà, mais il paraît que Florence, notre prochaine destination, est tout aussi jolie. Une chose est sure, j’aurai moins de ponts au dessus desquels porter la poussette, donc moins besoin de ranger l’appareil. Un espoir de réussir à m’y coller sérieusement ?

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