Test Fuji X-t3: Le même, en mieux...

DSCF0775.jpeg

Ca ne surprendra personne que je sois passé au Fuji X-t3 récemment. Je suis Fujiste à temps plein depuis plus de 2 ans (et à temps partiel depuis 4 ans), et malgré quelques défauts, la gamme Fuji est celle qui correspond le plus à ma façon de créer des images. 

Le Fuji X-t3 est sorti depuis quelques mois au moment où je rédige cet article, et maintenant que sa période de rodage est passée (les première unités produites, plus susceptibles de présenter des défauts, sont vendues, et la première mise à jour logicielle est disponible), j’ai enfin commandé et reçu le premier de mes deux appareils.

A première vue, pas de grosse différence avec mes X-t2, au point que j’ai longtemps hésité à renouveler mes appareils, le X-t2 restant un appareil très performant. Mais j’arrivais au moment où je renouvelle mes appareils de toute façon, et le X-T3 remplit un critère sur lequel je ne fais plus aucune concession depuis quelques mois, il a un port USB-C (tous mes chargeurs et câbles de données ont désormais des ports USB-C, c’est beaucoup plus simple à gérer et les chargeurs sont infiniment moins encombrants).  

Grand bien m’en a pris, puisque le X-T3 règle discrètement deux défauts cruciaux et agaçants du X-T2. Mais voyons d’abord ce qui ne change pas et que j’aime toujours autant.

Ce qui était déjà bien: 

Le look rétro et les molettes de réglage

DSCF0778.jpeg

LA raison pour laquelle j’aime autant ces appareils, le fait de tout gérer par molette me rappelle les appareils de ma jeunesse et a un coté vintage que je ne peux qu’aimer. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à mon vieux Canon argentique, et a un cachet indéniable qui ne se dément pas avec les années. Peu d’évolutions depuis le X-T1 (hormis le pas de vis sur le déclencheur pour fixer un soft shutter, indispensable), mais pourquoi changer ce qui est parfait?

L’ergonomie générale

Pour qui sait s’en servir, c’est un appareil redoutable d’efficacité qu’on peut régler sans même le regarder. Je fais la plupart de mes réglages instinctivement et je n’ai que très rarement besoin de regarder l’écran pour accéder aux menus. 

Le viseur numérique

Le viseur du X-T1 était le premier viseur numérique de qualité au moment de sa sortie, et ça n’a fait que s’améliorer depuis au fil des générations. La réactivité du viseur en basse lumière, perfectible sur le X-T1, est devenue bonne avec le X-T2 et est désormais parfaite avec le X-T3.

La possibilité de visualiser la photo prise pendant 0,5 secondes dans le viseur a changé ma vie, puisque je peux juger la photo au moment où je la prends et je n’ai plus besoin de la doubler par sécurité puisque je sais si elle est réussie ou non, ce qui divise par deux le temps de tri des images en post production.

De la même manière, la prévisualisation de l’image dans le viseur en fonction des réglages fait gagner un temps précieux dans des situations où on est sous pression.

La qualité de fabrication

Etanche, solide, capable de prendre des coups sans broncher (et mes X-T2 en ont pris quelques uns ces deux dernières années) , les Fuji et plus particulièrement la gamme X sont des appareils de très bonne qualité sur lesquels on peut compter.

Le SAV n’est pas toujours rapide mais est toujours efficace et correct, et j’ai toujours au moins trois appareils sous la main donc j’ai de quoi gérer les délais de réparation (et si vous pensez que c’est trop cher d’avoir trois appareils, dites vous que mes trois appareils coutent le prix d’un seul Canon 5DMIV).

Le capteur X-Trans et les simulations de film

Un vrai élément différenciateur pour Fuji, avec une image de très bonne qualité, et des simulations de film qui permettent un rendu très typé qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. On peut, comme dans le temps, choisir sa « pellicule » et son identité visuelle, avec un rendu JPEG très propre et qualitatif.

Les optiques Fuji

Avantage d’un capteur APS-C, les optiques à qualité égale sont nettement moins encombrantes. On me rétorquera bokeh et montée en ISO, je répondrai qu’on n’en manque pas chez Fuji et que j’en suis pleinement satisfait dans ma pratique de la photo. Tout matériel implique un compromis, la très relative « perte de qualité » que je peux avoir par rapport à un full frame est plus que largement compensée par l’encombrement réduit des optiques et du matériel. 

J’ajouterai qu’en reportage, on joue en général plus la sécurité et donc on ne recherche pas nécessairement une très faible profondeur de champ, donc finalement l’APS-C se révèle être un vrai avantage... 

L’encombrement

L’encombrement justement, est un des points forts du système Fuji. Par rapport à mon équipement Canon qui l’a précédé, je transporte l’équivalent de mon ancienne valise à roulettes (une Think Tank Airport Roller Derby qui passait en soute une fois sur deux en avion) dans un sac à dos Peak Design Everyday Backpack 30l qui tient sous le siège dans le même avion. Plus pratique en voyage, plus pratique quand on est en mouvement toute la journée. 

Le prix

Un appareil fiable, ergonomique, qui fait de superbes images, est beau, offre des fonctions inédites chez ses concurrents, pour 1469€ TTC? Est-ce que j’ai vraiment besoin de développer plus loin?

Ce qui a changé:

Mais venons en à ce qui a changé, après avoir couvert plusieurs évènements avec un X-T3 + X-T2 ou X-H1, j’ai pu comparer très objectivement les deux générations, et les différences sont très sensibles sur deux points (qui étaient les deux qui me génaient le plus, comme quoi Fuji écoute ses clients), et il y a également des améliorations agréables au quotidien mais moins notables.

L’autofocus

Une des deux grosses améliorations de cette génération, la mise au point est rapide et efficace. Elle était déjà bonne sur la génération précédente, mais là elle s’est vraiment améliorée. En particulier, en basse lumière qui était le petit point faible du X-T2, je n’ai pas encore eu de photo floue dans cette situation avec le X-T3 alors que j’en avais fréquemment avant et que je devais y faire attention pendant mes évènements.

Tous les fabricants clament haut et fort avoir le meilleur autofocus, je ne teste pas les autres appareils donc je ne jugerai pas, mais je peux vous dire ceci: la mise au point du Fuji X-T3 est très fiable dans toutes les conditions auxquelles je l’ai confrontée, même les plus difficiles. Un petit défaut de la gamme précédente que je considère corrigé.

La batterie

Quand j’ai vu le X-T3 sortir, j’ai râlé sur ce point. Je me disais que je perdrais bien un peu d’encombrement contre une batterie plus grosse, et je trouvais dommage que Fuji n’ait pas profité de cette évolution pour changer le modèle de batterie.

Sauf qu’ils ont fait nettement mieux que ça... Ils ont drastiquement amélioré l’efficacité énergétique du X-T3 tout en conservant les mêmes batteries et le même encombrement. 

Vous me direz que je juge au ressenti, sauf que non. J’ai utilisé un X-T3 et un X-T2 en même temps sur un évènement, avec des batteries que j’utilise depuis 2 ans. J’utilise mes appareils de façon équilibrée, chacun avec un objectif différent, et très concrètement pour le même volume de photos j’ai utilisé 3 batteries sur le X-T2 et moins de 2 batteries sur le X-T3. Différence sensible qui ne m’empèchera pas d’emporter 10 batteries dans mon sac en permanence, mais devrait me permettre de tenir plus longtemps avec le même volume de matériel.  

DSCF0781.jpeg

Le réglage de myopie du viseur verrouillable

Pas grand chose à détailler ici, si ce n’est que c’était très agaçant de devoir régulièrement refaire ce réglage parce que j’avais l’impression de faire des photos floues. La roue de réglage a enfin un verrouillage qui l’empèche de bouger de façon non sollicitée.

Le port USB-C

DSCF0782.jpeg

Le nouveau standard qui me permet d’utiliser un seul type de câbles, et donc d’avoir en permanence des câbles de backup, une solution alternative pour charger mes batteries, ou pour récupérer facilement mes photos dans l’iPad ou mon MacBook. Je n’achète plus rien qui ne soit pas USB-C. 

Le mode Turbo et le port casque sans le grip externe

C’était très agaçant sur le X-T2. Comme je fais de la vidéo, j’ai du acheter deux grips externes qui, au delà de couter extrèmement cher, étaient très encombrants. Quand on choisit un système pour son faible encombrement, c’est dommage de tout gâcher aussi bêtement.

Les molettes plus fermes qui ne tournent plus sans raison

Un autre point agaçant du X-T2, les molettes tournaient trop facilement et la vitesse d’obturation et/ou les ISO se modifiaient fréquemment quand il était au repos à ma taille. C’est un petit détail, mais quand on rate une série de photos stupidement parce qu’on n’a pas réalisé que les réglages avaient bougé, ça finit par compter. 

Elles sont désormais plus fermes et bougent moins facilement, même si elles restent facile à manipuler intentionnellement. 

Enfin un coloris argent sans surtaxe... 

J’ai toujours préféré la couleur argent/métallique pour mes appareils, mais payer une surtaxe de 300€ par appareil pour ça, c’était ridicule. Les appareils argent sont enfin disponibles au même prix que les noirs, j’ai donc pris deux modèles argent pour cette génération. 

Ce qui reste à régler: 

Un chargeur USB-C peu encombrant

C’est très dommage de faire des appareils ultra compacts et de les fournir avec un chargeur qui fait quasiment la taille de l’appareil, alors qu’aujourd’hui on peut faire des chargeurs USB ridiculement petits et avoir un seul adaptateur pour plusieurs appareils à la fois. Ci-dessous, ce qu’a sorti récemment Godox pour les batteries de ses flashes:

Le chargeur d’origine Godox à droite, la version USB-C nettement plus compacte à gauche

Le chargeur d’origine Godox à droite, la version USB-C nettement plus compacte à gauche

Le chargeur Fuji est gigantesque à coté des deux autres, alors même que les batteries Fuji sont légèrement plus petites

Le chargeur Fuji est gigantesque à coté des deux autres, alors même que les batteries Fuji sont légèrement plus petites

Le chargeur est presque aussi encombrant que l’appareil photo…

Le chargeur est presque aussi encombrant que l’appareil photo…

Un chargeur USB-C compact officiel Fuji, et ça serait parfait (je sais que ça existe en non officiel, mais toujours avec un port Micro USB, et je suis méfiant sur la fiabilité générale de ce type de produits). 

DSCF0785.jpeg

Les œillets pour fixer la lanière sont trop étroits pour les anchor links Peak Design

Les clients Fuji sont sensibles au design de qualité et sont donc fréquemment aussi des clients Peak Design, qui a créé un système de lanières détachables absolument génial. Malheureusement, les œillets pour passer les attaches de ces lanières sont toujours aussi ridiculement étroits, et il faut donc rajouter des anneaux peu esthétiques et fragiles pour utiliser les lanières Peak Design avec un appareil Fuji. Dommage...

La gestion des Fichiers RAW Fuji dans Lightroom

C’est certainement davantage un souci de Lightroom que d’appareil, mais les RAW Fuji ne sont pas très réactifs dans le logiciel d’Adobe. J’aimerais trouver une alternative mais pour le moment, il est incontournable dans mon workflow qui implique un Mac et un iPad. Ironiquement, les fichiers s’affichent d’ailleurs plus vite sur iPad que sur Mac, allez comprendre...

Dans la même veine, il est dommage que les fichiers RAW compressés ne soient pas reconnus par l’iPad, qui n’affichera que les fichiers RAW non compressés beaucoup plus volumineux. 

 

En conclusion

Je suis ravi de mon achat. Ce n’est certes pas une révolution (mais la gamme X-T n’en a pas besoin), mais c’est une évolution bienvenue qui rapproche ces appareils de la perfection recherchée. Le X-T3 gomme l’essentiel des défauts des générations précédentes et est un appareil vraiment abouti, qui permet enfin de se concentrer sur l’essentiel sans avoir à s’adapter aux limites de l’appareil.

Une très belle réussite donc, et l’appareil qui devrait faire switcher tous ceux qui hésitaient à lâcher leur Reflex pour passer au Mirrorless, puisque l’ensemble des défauts de jeunesse de ce système sont enfin gommés.